Jeudi 21 mai 2009
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-->Après cinq ans de silence discographique, le rappeur peroxydé, désormais brun et sobre, signe son retour
avec son cinquième album, Relapse. Un album concocté avec son mentor Dr Dre où Marshall Mathers, alias Eminem, alias The Slim Shady confirme son statut de super héros du rap -4 albums
écoulés à 50 millions d'exemplaires dans le monde. Un album en forme de thérapie dans lequel Eminem met en scène ses vieux démons pour mieux les exorciser.
"
Relapse". Terme clinique, traditionnellement usité pour décrire une "rechute" après une cure de désintoxication. Rechute dans l'alcool, dans la consommation de médicaments et
autre produits stupéfiants. Rechute dans le rap, aussi. Les interprétations sont multiples et ouvertes. Car ce nouvel album d'Eminem qui s'annonce comme le plus crucial de sa carrière, marque
d'abord le retour de Marshall Mathers aux affaires après cinq longues années de silence et de totale discrétion dans les médias. Au point d'avoir suscité les rumeurs les plus folles: Eminem aurait
commis plusieurs tentatives de suicide. Eminem serait devenu obèse comme Elvis à l'automne de sa carrière. Eminem serait prêt à raccrocher les grands pour de bon... Car le rappeur revient de
loin.
En 2005, il avait annulé à la dernière minute sa tournée européenne
Anger management tour (gestion de la colère), miné par son statut de superstar du rap US et une surconsommation de
médicaments et d'alcool. Un état dont il n'avait fait aucun mystère sur scène. Les concerts de sa tournée américaine débutaient avec un long métrage tourné en coulisses dans lequel Slim Shady se
montrait au bout du rouleau, grand consommateur de pilules, prêt à se faire exploser la cervelle. Une mise en scène quasi-prophétique et classique chez le rappeur, toujours prompt à exposer ses
failles et névroses dans ses chansons envisagées comme une thérapie.
La pochette de son nouvel album annonce d'emblée la couleur. Un portrait d'Eminem, l'air sombre, inquiétant, en forme de mosaïque à base de pilules médicamenteuses.
Relapse débute par un
dialogue feutré entre Marshall Mathers et son docteur traitant. L'heure est grave. Après une longue cure de désintoxication, le rappeur, tout penaud, encore fragile, exprime son appréhension à
retrouver le monde réel, son angoisse de replonger dans la picole et les médocs... L'entretien se termine en vision cauchemardesque, le psy se métamorphose en mauvais génie de la défonce pour lui
rappeler cette vérité cruelle: jamais oh jamais Eminem ne pourra se débarrasser de ses démons et autres camisoles chimiques.
Relapse 2, à la fin de l'année
La suite semble annoncer le contraire: 76 minutes de rap non-stop, éruptif, incandescent jusqu'à l'étourdissement. Son maniement de l'allitération, de l'assonance et des jeux de mots
impressionnent toujours autant. Epaulé par son mentor et complice des débuts, l'immense Dr Dre, aux manettes du premier au dernier morceau, Eminem rappe avec sont flot débité à la vitesse d'une
mitrailleuse automatique gros calibre. Avec une impudeur totale et revendiquée, une sincérité et une ironie souvent vénéneuses, il revient sur ses années noires: la solitude de la superstar; ses
insomnies chroniques; l'origine de ses addictions aux médicaments, quand gamin sa maman le bourrait de valium pour le garder tranquille. Sans oublier une séance de réanimation après une overdose
médicamenteuse (Déjà Vu).
Du Eminem noir, sans concession, notamment quand il explore la psyché d'un serial killer (3 AM), nouveau sujet de fascination pour le rappeur. Si la noirceur domine, l'artiste manie
toujours l'humour avec la même dextérité, notamment quand il se met en scène avec son avocat, Steve Berman, remonté à bloc contre son client accusé d'inconséquence face à ses petits problèmes de
drogue "(Tu sais combien de gens ont perdu leur job à cause de tes vacances prolongées?"). Preuve de son rétablissement, le rappeur adepte de la provocation trash et potache renoue avec
son pêché mignon: tacler le petit monde du show biz et de la politique. Sarah Palin en prend pour son grade, tout comme Mariah Carey, Amy Winehouse, Rihanna, les Pussicat Dolls, Madonna... Et
même Christopher Reeves. Un vrai jeu de massacre, un rien convenu, mais suffisamment féroce pour faire grincer quelques dents à Hollywood.
Malgré une petite baisse de régime sur la fin de l'album, The Relapse replace Eminem au centre du rap US. Un disque dédicacé à son ami d'enfance Proof assassiné en 2006 lors d'une
fusillade à Detroit. "Je suis sobre et tu serais fière de moi" écrit Marshall Mathers, lequel s'apprête d'ailleurs à sortir un second opus, Relapse 2, à la fin de l'année. De
toute évidence, Eminem serait bel et bien victime d'une sévère et irrémédiable rechute... Dans le rap.
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